Je me suis fait insulter, traiter de gros con, en face à face, devant témoins, et je n’ai pas su quoi faire.

      Ca ne m’était jamais arrivé, ça m’a pris à froid. N’ayant aucune pratique de l’improvisation contre offensante, je n’ai pas su trouver la réplique, la distance, l’humour. Quelque chose s’est bloqué en moi, ma trieuse à émotions a disjoncté, ma langue a serré, et en moins de deux minutes, j’étais dans les cordes.

      Les deux injurieux sont partis, avec moi qui n’arrivais pas à faire autre chose qu’à secouer la tête en marmonnant des non mais c’est dingue, c’est dingue. Comme un con, comme un gros con.

      Depuis, je rumine des réparties, des échanges, je fantasme des rencontres. Pire, j’imagine des coups, partis d’une colère en fusion qui aurait jailli de moi pour se transformer en brûlante pluie de gnons sur l’autre, le voisin, devant la porte duquel je n’ose plus passer en attendant, de peur de tomber sur lui et d’être à nouveau saisi d’incapacité psychomotrice.

      Drôle d’expérience que la violence de l’autre qui vous tombe dessus sans crier gare. Tout ça à cause d’un article de 10 lignes dans le bulletin municipal et d’une allusion bénigne à l’obligation faite à chacun de tenir son chien en laisse quand il se balade, y compris à la campagne. J’avais écrit ça à la demande du conseil municipal, et j’avais ajouté qu’agir ainsi, c’était un geste écologique dans la mesure où l’écologie, c’est le respect des territoires.

      Or l’injurieux et sa femme sont des militants écolos, et ils n’ont pas supporté d’être pris à partie sur leur terrain. Ils se sont sentis jugés. Par moi. D’où le « gros con ».

      Quand j’y repense, je me rappelle qu’il y a eu un instant, très bref, durant lequel j’ai éprouvé l’envie violente de lui envoyer mon poing dans la figure. Une espèce d’acte réflexe pour le faire taire puisque je ne trouvais pas les mots.

      Taper sur la gueule de quelqu’un ? Moi ? Depuis que j’ai réalisé cela, un nouvel horizon s’est ouvert. Comme un possible jusqu’alors inimaginable. Peut-être que si je tapais sur l’injurieux, j’irais mieux après.

      Comme une sorte de dépucelage pugilistique qui ferait de moi l’adulte que je ne suis sans doute pas encore tout à fait.

      Manquerait plus que ça !