Lutter tue
Par Moi Tout Seul le lundi, mars 8 2010, 18:57 - Trions les milieux
Je déteste la compétition. Son spectacle comme sa pratique. La compétition est une manière de pratiquer la relation humaine que, sans trop savoir pourquoi, je trouve très déplaisante.
Et mon dégoût s’applique à toutes les formes possibles de combat, scrabble compris (ou, peut-être, scrabble en particulier ?). Je dois cependant tenter honnêtement d’approfondir et de trier les motifs de cette mystérieuse répulsion (sinon, à quoi sert ce blog ?).
Donc. Une compétition va générer grosso modo deux formes artificielles d’individus, un winner et un loser. En français, un vainqueur et un vaincu (remarquons en passant que vainqueur rime avec cœur et vaincu avec cul. Là, déjà, la messe est dite).
Le winner est avant tout une personne mal élevée, qui ne sait pas rester chez elle et n’hésite pas à venir piétiner vos plates-bandes narcissiques. C’est un pique-assiette qui trouve amusant de vous faire honte devant tout le monde, ce qui lui permet, en outre, d’avoir du succès (double peine pour le perdant). Si le winner perd, c’est à cause du vent, et de sa raquette dont le cordage a été salopé. C’est dire si le winner est une noble figure.
Aussi, me trouver confronté à un individu de cet acabit, dans une situation sans autre issue que de le transformer coûte que coûte en loser, ou d’assister à ma propre transsubstantiation en vaincu me fait-il horreur.
C’est la raison pour laquelle je refuse de jouer à quoi que ce soit (jouer ! Quel mot, la compétition n’est pas un jeu, c’est du meurtre à l’état virtuel, de l’assassinat en carton), tous genres, motifs ou adversaires confondus. C’est pour moi une question de principe et d’éducation : dans ma famille (j’entends ma famille morale), on ne fréquente pas ces gens là, c’est tout.
Il y a corrélativement une autre raison qui m’interdit ces pratiques, c’est l’idée de transformer une personne jusque là respectable et amicale en loser si, d’aventure, il m’arrivait de gagner contre elle. Ce serait me montrer à mon tour bien mal élevé que de lui infliger ce que je ne voudrais pas que l’on m’infligeât.
Finalement, battre quelqu’un au cours d’une compétition m’est aussi désagréable que d’être moi-même battu. D’où mon allergie.
La conversation, le théâtre, le sexe, la choucroute du foyer rural, l’anniversaire de ma femme, voilà des manières d’être en contact avec l’autre, selon le bon vieux principe du « gagnant gagnant ». Je t’apporte quelque chose, que tu intègres et qui te modifie, ce qui m’amène à mon tour à changer, enrichi que je suis de l’échange avec toi.
La compétition, c’est je te bats, je te baise, je t’écrase, je t’enfonce, bref, je t’élimine. Non ?