Pas de plaisirs sans la punition qui va avec. C’est la morale judéo-chrétienne attachée à l’action de gagner de l’argent : aux plaisirs de ce qu’il procure s’attachent consubstantiellement les emmerdements liés à sa conquête. Emmerdements que l’on peut donc s’éviter en renonçant à courir après et, corrélativement, en renonçant à en avoir.

      C’est le charme discret du gagne-petit opposé à l’arrogance démonstrative du plein aux as.

      A ma gauche (le plus souvent), le smicard du BTP, l’employé de la grande distribution ou de la banque, voire l’intellectuel peinard dans sa bibliothèque, spécialiste de l’étude des moines soldats du lac Balaton au 11ème siècle (référence révérence).

      A ma droite (neuf fois sur dix), le commercial-trader-avocat d’affaires plein aux as mais qui bosse 70 heures par semaine et vit dans un stress que les autres ne peuvent même pas imaginer.

      Au moment des grandes décisions d’orientation de ma vie professionnelle, j’ai choisi le stress (pour lequel je n’étais nullement préparé, ne l’ayant jamais rencontré) et ses conséquences hypothétiquement favorables, au lieu du calme (dont j’étais devenu un vrai spécialiste au sein de ma famille) et de la croissance végétative à un (tout petit) chiffre.

      Mauvaise pioche ! Dont je me maudis chaque jour et dont je n’hésite pas à rendre co-responsables mes père et mère, incapables de m’aider à choisir au moment crucial et me laissant patauger dans le marécageux no man’s land du ni-ni (ni encouragement, ni découragement), lequel était, qui plus est, dûment fermé à toute influence (et nourriture) extérieure du fait d’une éducation terriblement protectrice.

      A cause d’eux, j’ai poussé la porte de l’arène en croyant que c’était une cour de récré’. Et j’ai morflé.

      Aujourd’hui, j’ai compris l’astuce. « Quand tu tombes du bateau et que tu ne sais pas nager, tu fais SEMBLANT de savoir, et tu regagnes tranquillement la côte » (proverbe chinois, ou dogon, je ne sais plus).