Attention ! La vie à la campagne peut plomber. Le taux d’habitudes y est élevé, l’atmosphère des hameaux, villages et sous-préfectures contient de fortes doses de passeïte qui peuvent s’avérer nocives, voire toxiques.

      Les greffes d’idées nouvelles ont peu de chances d’y prendre. Quelque chose de paralysant émane en permanence des marchés, des associations, des offices de tourisme et des conseils municipaux. Le rural ressemble aux invités des jeux de TF1 et aux victimes des intempéries que l’on nous montre aux actualités. Il est intimidé, ou catastrophé, c’est selon.

      Le rural existe, ce qui l’occupe entièrement. Il aime à vérifier que tout ce qu’il connaît est bien là et que tout ce qui est là, en face de lui, est connu. Sa tête est cognitive, « psy » est pour lui le préfixe de tout un tas de maladies honteuses dont il convient de rire pour s’en exorciser.

      Dimanche, il pleuvra pour la fête des conscrits de la classe en 0, et il fera froid, c’est dit. Défilés sous la pluie, cocardes sous parapluies, courons au banquet, où nous resterons jusqu’à la nuit.

      Et si nous en profitions au contraire pour goûter aux joies de l’annulation, mère des initiatives ?

      Entrons dans une église et confessons-nous les uns les autres.

      Poussons la porte d’un café et commandons-nous des absinthes, comme faisaient Rimbaud et Alphonse Allais.

      Ecartons le rideau d’un sex-shop et demandons s’il y a des films pour les tricophiles, ou sur l’acomoclitisme.

      Pénétrons dans une pharmacie, et enquérons-nous de savoir s’ils disposent d’élixir de pétasite, qui soigne si radicalement le rhume des foins.

      Conduisons nos automobiles et allons saluer les Hollandais volants qui passent sur la Saône.

      Enfin, regagnons nos maisons, et demandons-nous quel animal nous aimerions être, ou bien quel tableau, et puis allons dîner dans la salle de bain en laissant couler la douche, pour faire comme si nous déjeunions en terrasse.

      Et puis allons nous coucher, et posons nos mains sur les cuisses les plus proches. Les tiennes sont si douces, mon amour.

      Et accordéons nos violons, une fois de plus.