Autopsie d’une irritation, chap. 1
Par Moi Tout Seul le jeudi, mars 18 2010, 11:15 - vie paisible
En ce moment, je travaille la question de mes irritations. Dès que quelque chose m’énerve, je fonce sur mon cahier de grattage, et j’écris :
- mardi 17 mars, 18h.30. Des gamins font vrombir leurs motos près du lavoir, à 100 mètres de ma fenêtre ouverte. Le bruit est puissant, désagréable et dure depuis 20 minutes. Enervement. « Y vont faire chier longtemps, ces p’tits cons ? » Je pose la question à haute voix, pour moi seul puisque personne ne peut m’entendre. Analyse : 1) par la méthode empathique. Quand j’avais leur âge, je faisais exactement pareil, surtout quand il y avait des filles. Erotisme de la moto (le gros engin entre les jambes), attitude mâle (je domine la bête), expérience de l’adolescence. Vérification : je tends le cou vers le lavoir, et c’est gagné. Il y a là Marion et Anaïs. J’oublie le bruit et rêve aux Catherine et Elisabeth d’il y a… longtemps. Fin du grattage. 2) par la méthode Zen : centration, intériorisation, calme intérieur. La paix s’installe, plus rien ne compte sinon soi. La méthode suppose une technique maîtrisée par de longs mois de pratique, mais là encore, fin du grattage. 3) par la méthode invasion du territoire ennemi : hurlement de ma part en direction des p’tits cons. Résultats variables à court terme et nuls à long terme. A l’avenir, se concentrer sur 1) et 2).
- mercredi 18 mars, 11h. Passage devant le trou commencé il y a trois mois dans la buanderie, première étape de la pause prévue d’un râtelier à vélos. Immense sentiment de culpabilité consécutif. Analyse : 1) par la méthode bilan de compétences. Tu ne sais pas faire ça. Le premier scellement n’a pas tenu, le râtelier est tombé tout seul avant même que les vélos n’y soient accrochés. Laisse tomber et rebouche, puis couvre toi la tête de cendres et va annoncer à ta femme que tu renonces. Si elle t’aime (elle n’est pas parfaite non plus, hein ?) elle comprendra et te laissera faire appel à ton voisin maçon. Thérapie désagréable mais fin du grattage. 2) par la méthode dite du Schwarzenegger. Ouah putain, tu l’auras, c’est pas un p’tit trou à la con qui va t’impressionner. Respire à fond, bois un coup de calva, fonce chez Briconaute, discute cinq minutes avec le vendeur, prends rendez-vous mentalement avec le trou, bloque ta respiration et scelle en apnée. Technique un peu extrême, mais efficace, le râtelier tient, et les vélos aussi.
En tête de mon cahier de grattage, j’ai noté : « Le moustique ne te pique pas pour que tu te grattes » (proverbe tsé-tsé).