Moi Tout seul International

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Trions les milieux

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Le Monde à verlan

      Autant l’avouer tout de suite, là, et par écrit kipluset, j’attaque le Monde à l’envers.

      Je sais que je ne suis pas le seul, je sais que c’est très signifiant et qu’avec un matériel comme ça, mon psy peut me faire chier des mois durant, mais c’est comme ça, c’est une addiction, une position antalgique inconsciente, destinée à calmer des douleurs qui ne le sont pas moins, un geste qui a perdu le contact avec ses sources originelles, une manie, un rituel magique, bref, un TOC .

      Tenter d’attaquer le Monde de 1 à 32 reviendrait à casser en moi quelque chose de fondamental. A briser ma structure, à me faire péter le génome.

      Je vais me mettre à pleurer, ne me force pas.

      Or je sais POURQUOI j’attaque le Monde à l’envers. C’est pour des raisons métaphysiques, et ouais mon pote.

      - Raison métaphysique N° 1 : Le Monde est un produit industriel dans la fabrication duquel n’entre aucun élément naturel, aucune surprise, qui est conforme à un système prévoyant qu’il commence chaque jour à 1 et finit chaque jour à 32. Il n’est ni bio ni même vivant, c’est un écomusée avec un sens de la visite et des matinées scolaires.

      L’attaquer par la fin c’est comme entrer nuitamment et par effraction dans l'hémicycle de l’Assemblée Nationale, repérer le pupitre d’un député d’extrême droite, en soulever le couvercle, péter dedans et refermer rapidement avant de ressortir incognito.

      Le Monde à l’envers, c’est l’acte anarcho-poétique qui permet au noyé de remonter joyeusement du fond de la piscine en demandant où sont les filles.

      - Raison métaphysique N° 2 : Le Monde a sa logique, qui consiste à représenter l’homme et son univers en partant du grave pour aller vers le léger. Mais la logique du Monde, ma métaphysique s'en tape. Ma métaphysique estime que ce qui est grave dans le Monde est le léger de l’homme, et que ce que Le Monde juge léger est en réalité l’essence même de l’homme.

      Je lis Le Monde en commençant par la dernière page depuis que je suis tout petit.

Recettes de l’assoce

      Parmi tous les milieux à l’étude desquels je me livre fébrilement dans l’espoir de trouver le mien, y a celui des « assoces ». Et à la campagne, une assoce, ça s’appelle généralement un foyer rural.

      Ami lecteur, ouvrons notre boîte à jeu de la petite sociologie amusante, et observons comment fonctionne le foyer rural. Deux grandes familles s’y distinguent : 1) le foyer rural dit « à animation culturelle », et 2) le foyer rural dit « à distraction d’anciens ».

      Dans la première catégorie, l’équipe des animateurs culturaux, très dynamique et motivée, s’active à monter des spectacles : a) théâtre amateur, b) chorale, c) conte) et des expos, à faire venir des artistes ou des conférenciers et à trouver des sub (ventions).

      Dans la seconde, la présidente s’active à trouver les 50 personnes qui rempliront le bus pour la visite du parc animalier de Ste Cunégonde sur Seille, avec repas à bord de l’arche de Noé reconstituée dans le jardin d’hiver (splendide), le tout pour 80 euros par personne (adhérents : 50 euros).

      Ces deux philosophies de l’assoce de type rural sont très anciennes, très structurées et non substituables l’une à l’autre. Or, quand on devient membre d’une communauté rurale, on ne choisit pas, on trouve. L’une ou l’autre sont là, et votre seul choix consistera à vous y intéresser ou pas (a) en vous y intégrant, b) en assistant aux distractions proposées).

      Ami lecteur, si tu fais partie d’une assoce de catégorie I, ne parle pas de loto ni de sortie karting pour les jeunes, tu risques d’être regardé comme un échappé du musée des arts premiers en quête de reconstitution chromosomique.

      Et si tu fais partie de la II, ne parle pas de soirée conte ou de venue de la troupe des Sacrés Beurnonciaux, même si elle marche très fort dans la région : tu risques de subir la honte de regards mi-attendris mi-consternés, et de t’entendre dire qu’on- y-a-déjà-fait-mais-ça-n’a-pas-marché (ce qui, en enquêtant plus tard, s’avérera faux, mais la présidente est tremblante de peur à l’idée de changer quoi que ce soit à ce qu’on a déjà fait).

      Ma femme et moi, on est tombés dans une catégorie II. Le prochain voyage durera deux jours, ce sera pour nous une expérience chamanique de type « herbe du diable », avec passage dans l’ailleurs-autrement, ce qui constituera la préfiguration d’un prochain Satori que nous effectuerons l’année prochaine, lors de l’excursion au Mont St Michel d’ores et déjà prévue.

La mort de Fess

      Evidemment l’actualité, cette pute aux mille maquereaux, ne lui a laissé aucune chance. Il est mort, d’un coup d’audimat entre les deux yeux, et son chapeau de castor a volé en l’air. L’événement a fait un bide.

      Pas un tiens Fess Parker est mort, pas un applaudissement. D’ailleurs, le cinéma était fermé, le trappeur a viré négatif dans une salle vide.

      Fess Parker, c’était Davy Crockett.

Y avait un homme qui s’appelait Da-vy

Il était né dans le Tennessee…

Si courageux que quand il était p’tit

Il tua un ours du premier coup de fusil

Davy, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur.

      Tout le monde connaît la chanson, et la musique. Tout le monde l’a vu, avec son long fusil à un coup, se battre contre les pirates de la rivière ou contre les odieux voleurs de bétail.

      Putain, Fess Parker, c’était mon George Clooney à moi ! C’était aussi le cinéma pour la première fois. Et contrairement au long fusil à un coup, je n’avais aucun recul. Ca a imprimé sec dans le cerveau de mes mémoires enfantines.

      Fess Parker est mort ? Tu rigoles !

Lutter tue

      Je déteste la compétition. Son spectacle comme sa pratique. La compétition est une manière de pratiquer la relation humaine que, sans trop savoir pourquoi, je trouve très déplaisante.

      Et mon dégoût s’applique à toutes les formes possibles de combat, scrabble compris (ou, peut-être, scrabble en particulier ?). Je dois cependant tenter honnêtement d’approfondir et de trier les motifs de cette mystérieuse répulsion (sinon, à quoi sert ce blog ?).

      Donc. Une compétition va générer grosso modo deux formes artificielles d’individus, un winner et un loser. En français, un vainqueur et un vaincu (remarquons en passant que vainqueur rime avec cœur et vaincu avec cul. Là, déjà, la messe est dite).

      Le winner est avant tout une personne mal élevée, qui ne sait pas rester chez elle et n’hésite pas à venir piétiner vos plates-bandes narcissiques. C’est un pique-assiette qui trouve amusant de vous faire honte devant tout le monde, ce qui lui permet, en outre, d’avoir du succès (double peine pour le perdant). Si le winner perd, c’est à cause du vent, et de sa raquette dont le cordage a été salopé. C’est dire si le winner est une noble figure.

      Aussi, me trouver confronté à un individu de cet acabit, dans une situation sans autre issue que de le transformer coûte que coûte en loser, ou d’assister à ma propre transsubstantiation en vaincu me fait-il horreur.

      C’est la raison pour laquelle je refuse de jouer à quoi que ce soit (jouer ! Quel mot, la compétition n’est pas un jeu, c’est du meurtre à l’état virtuel, de l’assassinat en carton), tous genres, motifs ou adversaires confondus. C’est pour moi une question de principe et d’éducation : dans ma famille (j’entends ma famille morale), on ne fréquente pas ces gens là, c’est tout.

      Il y a corrélativement une autre raison qui m’interdit ces pratiques, c’est l’idée de transformer une personne jusque là respectable et amicale en loser si, d’aventure, il m’arrivait de gagner contre elle. Ce serait me montrer à mon tour bien mal élevé que de lui infliger ce que je ne voudrais pas que l’on m’infligeât.

      Finalement, battre quelqu’un au cours d’une compétition m’est aussi désagréable que d’être moi-même battu. D’où mon allergie.

      La conversation, le théâtre, le sexe, la choucroute du foyer rural, l’anniversaire de ma femme, voilà des manières d’être en contact avec l’autre, selon le bon vieux principe du « gagnant gagnant ». Je t’apporte quelque chose, que tu intègres et qui te modifie, ce qui m’amène à mon tour à changer, enrichi que je suis de l’échange avec toi.

      La compétition, c’est je te bats, je te baise, je t’écrase, je t’enfonce, bref, je t’élimine. Non ?

Tu seras une Rolls, mon fils

      Quand tu as perdu tes lunettes de vision globale et que tes essuie-glaces intérieurs sont tombés en panne, tu peux toujours te fier à ce vieux socio-garagiste de Maslow. Assis au sommet de sa tour pyramidale de contrôle technique, il voit tout sur 360° et te fait le diagnostic qualité pro, option « vie personnelle » quand tu veux. Ca ne te dira rien sur ce que tu as devant toi, mais ça peut t’éclairer sur l’endroit où tu es, c’est déjà ça.

      Suffit de croire que tous les êtres humains courent après les mêmes besoins et son banc d’essais sera pour toi.

      1ère vérification : les niveaux. As-tu bien mangé, bien bu, bien dormi, bien respiré, bonne pression ? Si oui, passons à la...

      2ème vérification : la sécurité. As-tu ce qu’il faut comme serrure trois points, blindage, plein d’essence, bonne santé et certificat de propriété ? Ca va ?

      3ème vérification : le réseau. Fais-tu partie d’un club avec les autres propriétaires de la marque, avec réunions annuelles, journal de liaison, banquets et site Internet dédié ? Et est-ce que vous vous faites des appels de phare quand vous vous croisez ? Tout va bien ?

      4ème vérification : le confort intérieur. Est-ce que ta voiture te donne confiance en toi, est-ce que les mecs te respectent quand ils te voient dedans, et les filles te demandent-elles si tu peux les emmener faire un tour à la campagne ? Toujours oui ? Attention, dernier niveau !

      5ème vérification : le classement comparatif. Meilleur dans sa catégorie, numéro 1 du classement dans le magazine Ego Plus. Au volant de ta voiture, ou même quand elle est au garage, as-tu le sentiment que ça ne pourrait pas être mieux, que tu te sens complètement épanoui et que tu es au taquet question potentialités ? Toujours oui ?

      C’est pas possible ! Tu as une Rolls ! Tu ES une Rolls !

      Vas où tu veux mon fils, ta route se tracera d’elle-même devant toi !

La culture, c’est de la curiosité qui va

      J’ai remarqué qu’il était beaucoup plus difficile de rester modeste et calme quand on est dans le culturel que lorsque l’on travaille dans le pain d’épice ou dans la planche à repasser (j’ai choisi ce dernier exemple parce que je connais personnellement un type qui est dans la planche à repasser et qui travaille même pour le numéro un mondial, alors).

      Pourquoi en effet cette tendance à se prendre pour Sartre quand on est représentant chez Gallimard, ou pour Nicolas de Staël quand on sait qui c’est ? Pourquoi aussi être si excité à la perspective d'aller voir un film, si ému en lisant un livre, si euphorique devant un tableau, si passionné par la philosophie, ou par l'Histoire, et si renversé de bonheur en écoutant de la musique ?

      A mon avis, c’est parce qu’en matière culturelle il n’y a aucune certitude, quoi qu’on en dise et quoi qu’on mette comme millions sur la table (« il n’y a rien de plus triste qu’un best-seller qui ne se vend pas » disait Robert Laffont) et que c’est donc un milieu toujours en mouvement, toujours énergique, toujours inquiet, qui maintient donc en éveil.

      Et si vous êtes réveillé, vous êtes curieux, et si vous êtes curieux vous n’êtes jamais rassasié, jamais prêt à dire que ça va comme un lundi parce que vous savez que les lundis se suivent mais ne se ressemblent pas forcément, et que c’est ça qui est excitant, étonnant, curieux et intéressant et qu’il n’y a rien de tel pour vous oxygéner le cerveau (la culture, c’est le jacuzzi de la tête).

      Même si des fois ça peut faire peur de ne pas savoir quel genre de lundi sera lundi prochain, il vaut mieux ça que de croire que l’on sait tout d’avance et que tout est joué.

      Entre parenthèses, je déteste ceux qui disent « ça va comme un lundi ». J’ai envie de leur dire casse toi pauv’ con(ne), ou de les violer en concluant par un solennel « souviens-toi au moins de ce lundi là ». Mais comme en général ce genre de phrases se prononce dans les ascenseurs en présence de nombreux témoins, je ne passe pas à l’acte.

      La curiosité pour la culture est une vertu splendide, revigorante et euphorisante, qui donne la pêche et qui maintient en vie. Je serais le Dir’com’ de la Sécu, j’inventerais le slogan :

                                              « Soyez curieux, vous ne serez plus jamais malade »

       Comme l’a écrit Borges (où ça  ?) : « Un homme qui se soucie d’une étymologie curieuse est peut-être en train de sauver le monde ».

Saurions-nous être Haïtiens ?

      J’en étais à me demander de quel milieu j’étais, dans quel milieu je croassais (en âge et en sagesse) et à quel place je me tenais dans mon milieu (sans doute au bord, me disais-je), lorsque la terre a tremblé en Haïti. Fin d’introspection pour moi, et observation immédiate et intense, non pas de la télévision, myope comme d’habitude, mais par la fenêtre bien particulière donnant sur le milieu littéraire haïtien.

      Parce que ce milieu là est foisonnant depuis longtemps, passionné, talentueux, composé de femmes et d’hommes qui vivent pour la plupart dans leur pays et qui - incroyable circonstance - s’apprêtaient à faire une fête exceptionnelle car la capitale Port-au-Prince allait recevoir un festival de littérature important : celui des Etonnants Voyageurs.

      Suivre la relation d’une telle catastrophe quand elle est décrite par des poètes et des écrivains, eux-mêmes pris dans les décombres, c’est autre chose que d’écouter le reporter de France Télévisions. Ca sonne autrement humain ! Ca entonne des chants d’amour à l’homme qui sont tellement puissants qu’on se dit que les piliers du pays vont se redresser d’un coup, tout seuls !

      Voici par exemple ce que dit le romancier Dany Laferrière à son ami le dramaturge Frankétienne, qui était en train de monter une de ses pièces, et qui pleurait : « Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire ». Et Dany Laferrière d’ajouter : « …la culture, c’est ce qui structure ce pays. J’ai incité Frankétienne à sortir, lui disant que les gens avaient besoin de le voir. Lorsque les repères physiques tombent, il reste les repères humains ».

      J’ai lu par ailleurs que les Haïtiens faisaient preuve d’un courage et d’une solidarité exceptionnels. Particulièrement chez les plus pauvres. Parce que les plus riches, eux, ils ont tendance à se cloîtrer dans ce qui reste de leurs maisons.

C'est dans le journal, donc c'est dans le journal

      Dans ma randonnée extrême vers le pays où tout est clair, bataillant ferme à grands coups de manchette (de journaux) pour me frayer une piste au sein de milieux hostiles ou pire, indifférents, j’hésite à classer les médias dans un camp. Sont-ils mes amis, ou mes ennemis ? M’ont-ils repéré, ou m’ignorent-ils ? Dois-je tenir compte de leurs indications, ou juste passer outre, en accélérant le pas ? C’est énervant. Les médias sont énervants, ondoyants et divers, séduisants page 4 et repoussant page 8. Que faire ? Encore une fois trier, c’est ma technique.

      D’abord, le support et son rapport avec les sens. La télévision, c’est le spectacle : choc des images et de la musique, et vous, les mots, laissez jouer les grandes gueules. Ca me fait peur parce que, à travers l’écran, je ne peux voir que ce que le cadreur a cadré. Et si y avait quelqu’un juste à côté du cadre, qu’on ne voit pas et qui changerait tout le paysage ? Plutôt que de regarder par la lucarne, je préfère sortir dans la rue. La radio, c’est la voix, c’est déjà moins stupéfiant. Drogue douce des timbres et des ambiances, mais les mêmes infos pour tous, aux mêmes heures, ça ne rassure pas ! Le papier journal, lui, ça m’a l’air d’être un ami. Il y a à lire, et quand on n’a pas compris, on relit. Le voyage est paisible, et même quand on lit un drame, on est loin du drame. Et si c’est pas vrai, c’est quand même bien trouvé.

      Ce qui m’inquiète le plus, finalement, c’est que dans les médias travaillent des journalistes. Et que les journalistes ont 1) tendance à ne s’autoriser que d’eux-mêmes et 2) à être terrorisés par le rédac’chef, lequel est aux ordres du propriétaire, lequel tremble de ne plus pouvoir financer son affaire et dit oui à tous les publicitaires qui passent, tu comprends, Coco, tu peux pas dire ça même si t’as raison parce que ça, « il » ne va pas aimer.

      « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré », disait Albert (Einstein). De même (là c’est de moi) :

      « on ne fabrique pas de l'opinion éclairante avec des modèles économiques inventés pour nous manipuler». Autrement dit, sachant que tous les médias puisent à la même source (la famille AFP, le concurrent, le gros annonceur), il serait étonnant que l’on y trouvât autre chose qu’eux mêmes. Même si c’est plus ou moins vrai selon que le média se trouve ici ou là sur l’échelle de Richter de l’onde fracassante.

      TFI va fouiller dans le tas de dépêches en y sélectionnant seulement les gros morceaux, qu’il y a d’ailleurs lui-même fourré quelques temps avant, en douce. Mais il en parle avec une telle force, une telle dramaturgie, un tel génie cinématographique qu’on finit par se dire que c’est sûrement vrai que Moïse ressemblait à Charlton Heston et que la France est un beau pays, plein de petites rivières chantantes et de jolies jeunes filles qui boivent du lait. L’illusion d’optique est parfaite : les images dites « d’info » et la pub alternent à une telle vitesse sur l’écran que Belle des Champs nous sourit sur fond de vallées afghanes et que le sportif victorieux court tout sourire avec son drapeau sur le parking d’une cité du 9-3.

      C’est pas cool pour trouver la lumière. Je vais approfondir, en commençant par lire Détective, avec la pensée réconfortante que ce journal a été fondé par Gaston Gallimard.

l’agenda-semainier, créature de Dieu

      A genoux paumé dans la broussaille, ahuri par le tintamarre, vaguement conscient qu’il faut faire quelque chose mais quoi, je tente de rassembler mes esprits qui courent partout, éparpillés dans ma tête. Ne percevant autour de moi oncques qui fut pourvu d’oreilles, je décide en urgence de m’adresser la parole personnellement à moi-même :

     - Bon, résumons. Je ne sais plus où je suis mais m’y voilà, et à quatre pattes. Je ne vois rien, ça crie partout. J’ai intérêt à faire redémarrer mon IVG (Intuition Vision Globale) vite fait et à reprendre de la hauteur si je veux pas me retrouver coincé dans un cul-de-court terme avec une bande d’opérationnels qui me collent au train pour me réinsérer. « Ne capitulons jamais, récapitulons toujours», telle est ma devise.

     Donc. Il y a encore un quart d’heure, je vivais sur terre, entouré d’humains et d’animaux mélangés au sein d’un milieu qui, si je me rappelle bien, se trouvait en fait tout autour de nous. Ce qui, réflexion faite, est bizarre pour un milieu. Aurions-nous été encerclés par notre propre milieu, voire envahis par des millions de milieux ? Parce que si je me rappelle toujours bien l’époque où j’étais debout, il y avait des tas de petits milieux différents de par le monde mais justement, c’est quoi, le monde, exactement, c’est ça ma question : des tas de milieux qui se montent dessus ?

     Toujours à genoux, mais percevant pourtant des signes d’encouragement à me relever, la question des milieux m’ayant émoustillé le limbique, je constate toutefois que plus je n’y vois plus rien, plus je n’entends plus rien non plus. Et donc je m’apaise, et résolument décide de rameuter mes idées et de les classer par ordre de proximité jubilatoire. Si j’arrive à tout bien ranger, je prendrais de la hauteur (au guidon de mon IVG à nouveau maîtrisé), et je connaîtrais la paix, et peut-être que je deviendrais un homme que plein de jolies femmes voudraient bien coucher avec s’il vous plaît.

     Et d’ailleurs, je vais commencer à faire comme Dieu, et m’acheter un agenda-semainier. J’organiserai mes classements d’idées avec des cotes, des thèmes, des rubriques et des alphanumériques. Un jour, ce serait ce que je suis en train de faire : trier les milieux. Un autre, ce serait sexe. Un autre encore, tout ce qui me passe par la fenêtre devant les yeux. Ou alors, ce serait tentation de vie paisible, perplexe mais cool.