Moi Tout seul International

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Nul en sexe !

      La 1ère fois que je me suis retrouvé dans un lit, tout nu, avec une fille, toute nue elle aussi, j’ai trouvé ça formidable.

      C’était il y a un peu plus de 40 ans. On était là, tous les deux, un peu émus mais bien intéressés quand même. On découvrait des choses qu’on n’avait jamais vues, ça avait un côté aventure extrême. C’était excitant. Sa peau était douce, elle avait cette petite toison de poils soyeux. Elle caressait mon sexe, sous le drap, elle qui n’avait encore jamais vu un sexe d’homme dans sa grandiose raideur. On ne disait rien. Pas besoin de mots à ce moment là.

      Et puis, il s’est passé quelque chose. Le téléphone a sonné dans la maison familiale. Et je suis allé répondre ! Je me suis levé, tout bandant, j’ai couru dans le couloir, j’ai descendu l’escalier et je suis allé décrocher. Le téléphone était-il donc plus important qu’elle et moi, plus important que ce moment exceptionnel ? N'étais-je plus qu’une connerie de réflexe de bon garçon qui y va quand ça sonne ? 40 ans après, il me suffit d’y penser pour que ça m’énerve encore.

      Quelques mois après, nouvel épisode, nouvelle fille, plus aguerrie celle là. Je prends contact à nouveau avec le grand plaisir de la peau, si douce, avec les caresses. Et de nouveau, la catastrophe. Ma belle et excitante (et excitée) petite amie me dit : «  mets-toi ! ». Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire. « Mets-toi » ? Je lui ai demandé « comment veux-tu que je me mette ? » Aujourd’hui, j’en ai des bouffées de honte virile et de frustration !

      C’est que le sexe, ça s’apprend, comme le reste ! Et à l’époque, c’était difficile d’apprendre le sexe. Côté ouvrages éducatifs, l’équipement laissait à désirer.

      Au commencement était la revue Paris-Hollywood, que le grand cousin d’un copain allait nous acheter, moyennant le cadeau d’un paquet de Kool, ou de Viceroy. On allait se planquer dans la grange et on regardait ça :

      …Des femmes étonnantes, lointaines, colorisées comme des images pieuses avec des seins.

      Plus tard, on a eu Lui, « le magazine de l’Homme Moderne ». Un journal qui essayait de faire croire qu’il était intéressant à cause de ses articles !

      Beaucoup plus tard, trop tard pour moi, arriva Hot Vidéo, sorte de BHV du sexe en image, en vente dans tous les kiosques. Hot Vidéo vous expliquait avec sagesse qu’il n’était pas un journal DE cul mais un journal SUR le cul !

      Paris-Hollywood, Lui, Hot Vidéo, ou l’illustration de 30 ans d’éducation sexuelle. Avec Paris-Hollywood, des seins et pas de sexes : c’étaient nos mères. Avec Lui, des seins, toujours pas de sexes mais du potentiel fantasmatique : c’étaient nos sœurs.

      Avec Hot Vidéo, plus de mystère : c’étaient nos femmes !

Tu m’sens ?

      La voilà, la vraie question fondamentale, l’interrogation quintessencielle, celle qui englobe toutes les autres, le grand Hic, plus fort que les to be or not be, les dans quel état j’erre et les quand est-ce qu’on mange. « L’affaire » en quelque sorte, plus paradigmatique que les qui suis-je, plus conceptuelle que les où vais-je, plus stratégique que les que faire, plus pragmatique même que les tu m’aimes.

      La plus souvent formulée aussi. Formulée ? Murmurée, geinte, voire gémise, râlée, bafouillée, bêlée chaque soir dans des millions de résidences, appart’, taudis, charmantes fermettes à restaurer et autres lofts ou F2 subventionnés.

      «Tu m’sens ?». That is LA question angoissante.

      Ou, plus exactement, l’Angoisse sous forme de question. Ainsi en est-il depuis que l’homme est homme et la femme, femme et que, chassés du Paradis, ils furent l'un et l'autre condamnés à ne plus connaître le plaisir - autant dire le divin - qu’en s’emboîtant l’un dans l’autre. Prise mâle, prise femelle, queue et aronde, tenon et mortaise, enfoncement de petits bouts de bois dans les oneilles.

      « Enfoncement, enfoncement, tout ne serait-il qu’enfoncement ? » (Haroun Tazieff).

      Mais si je m’enfonce, est-ce qu’alors, tu m’sens, demande l'homme ? Parce qu’alors, si tu m’sens, alors ça va, je suis l’Homme, l’Adam, l’Amant, l’Ardeur, l’Hardeur qui sera sauvé de son éternelle damnation par le Grand Bandeur, le Patron qui, peut-être, l’élèvera un jour au rang d’Archipriape ?

      Maintenant, silence. Enfoncé jusqu’aux poils, l’homme a lancé Sa Question. A la femme de jouer. Lui, attend. La nature, les animaux, respectueux, se sont tus.

      La femme, elle, s’étonne. POURQUOI ? Pourquoi cette question ? Pourquoi me la pose-t-il TOUJOURS ? Bien sûr que je le sens ! Comment pourrais-je ne pas le sentir, vu qu’en plus il me pilonne brutalement, au point que je ne vais pas tarder à toucher le mur, me ravageant une fois de plus la mise en plis contre la tête de lit.

      Alors, POURQUOI ? se demande la femme.

      La femme ne comprend pas l’homme, voilà, c’est dit, c’est lâché. Elle ne comprend pas l’homme et ne le comprendra jamais. Toutefois, prise de peur face à l’inconnu, l’indicible, l’innommable de l'homme, elle dit : « oui, je te sens ». Ajoutant généralement : « je te sens, je te sens BIEN ! »

      Ce « BIEN », cette répétition, suffisent à l’homme. Mystère de la conscience humaine, énigme surgie des profondeurs de la psyché ? Y a-t-il dans la « Tu m’sens » quelque chose qui dépasse la bête ? Comment dit-on « tu m’sens » en lionne, en vache, en lapine ?

      L’homme a besoin d’estime, et de sécurité, mais il a d’abord besoin de savoir qu’on le sent.

La mystérieuse affaire Pénis

      Moi (inquiet des dizaines de spams reçus chaque jour, qui m’enjoignent d’avoir un plus gros pénis pour mieux satisfaire mon amie) : comment trouves-tu ma queue ?(entre nous, on dit « ma queue »). 

      Elle : quand tu dors ou quand tu as envie de moi ?

      Moi : c’te question !

      Elle : parce que quand tu dors, je la trouve attendrissante. On dirait un petit fennec qui fait la sieste au creux des dunes en attendant l’avion de St Exupéry.

      Moi :? …Quand je bande, bien sûr. Tu la trouves grosse, longue, raide ? Elle te plaît ? (J’ai vérifié tout ça, avant d’aborder le sujet : 14 cm de long, 5 cm de circonférence et une rigidité capable de supporter un poids de 100g sans s’abaisser).

      Elle : je la trouve belle. Elle a une jolie tête qui prend une couleur splendide, comme un coucher de soleil en mai sur les collines du Clunysois. Et dans ma bouche, sa peau est douce, j’aime bien l’avoir dans ma bouche.

      Moi : oui, mais quand j’entre en toi, comment tu la trouves ? Assez longue ? Assez dure ? Assez grosse ? (J’ai en tête les mensurations de Rocco Siffredi : 24 cm de long !)

      Elle : elle est parfaite, mon amour mais je suis surtout heureuse que ce soit la tienne.

      Moi : oui, bon, mais la taille ? Le ratio L x l x R (Largeur, longueur, Rigidité) ?

      Elle : surtout, ne change rien, continue seulement d’avoir envie de moi, mon chéri.

      Moi :… (Toujours pas réconforté).

      Elle : en fait, si j’avais quelque chose à te dire à ce sujet, je dirais que tu jouis un peu trop vite.

      Moi : comment ça ?

      Elle : ben oui, tu m'excites avec tes géniales caresses, tu entres en moi, et c’est bon. Tu commences à aller et venir, et c’est vraiment très, très bon. Et puis tu jouis, et c’est fini pour moi, c’est dommage.

      Moi : comment ça, je jouis, bien sûr que je jouis. Qu’est-ce que tu veux que je fasse, que je siffle ? Je fais l’amour, voilà…

      Elle : dans ton cas, on dirait plutôt que tu tires un coup. Tu ne peux pas attendre un peu plus longtemps, rester dur une minute ou deux, que je jouisse en même temps que toi ?

      Moi : tu n’as qu’à te dépêcher un peu, si tu veux arriver en même temps que moi. C’est comme en rando’, tu te dépêches et on arrive ensemble !

      Elle : laisse tomber.

      Moi : et à part ça, la taille, c’est bon, ça va ?

Du sexe fort, et même très fort

      Le cinéma X a bien changé depuis l’époque où je contemplais, mâchoire tombante et flamberge en main, tassé au fond de mon siège dans un cinéma porno de la rue St Lazare, les turpitudes de Brigitte Lahaie dans des décors de château des Yvelines sans électricité (rien que des bougeoirs, tenus en main par des valets lubriques).

      Depuis que j’ai vu les Hots d’Or (voir un billet précédent), j’ai repris contact avec le genre (grâce, en particulier, au site de Cécilia Vega, «meilleure performeuse»). Aujourd’hui, «c’est du brutal», comme disait l’autre, et de la défonce panoramique. Le double anal est devenu un double banal, genre figure imposée de début de concours régional de twirling bâton, les filles nous font profiter de leurs très larges ouvertures arrières, dans lesquelles elles n’hésitent pas à s’enfoncer elles-mêmes la main (ça s’appelle l’ «auto fist»).

      Grand Dieu, et ça cogne. Les mecs balancent des mandales, tirent les cheveux, forcent les filles à garder leurs bites le plus longtemps possible au fond de la gorge, exercice dont elles sortent à moitié asphyxiées, les étranglent, bref, c’est plus de l’amour, c’est de l’arrache !

      Perplexe, j’ai foncé sur ma bible, («Le Cinéma X», aux Editions de la Musardine), où j’ai découvert qu’en fait, nous les hommes, sans doute rendus moins sûrs de nous par la montée du féminisme et la place grandissante qu’occupent désormais les femmes dans la société, on avait besoin de les voir un peu souffrir pour arriver à bander ! D’où l’omniprésence de la sodomie (c’est encore mieux si la fille grimace un peu de douleur au moment de la pénétration), et d’où les coups.

      J’en ai parlé à ma femme, elle a été très claire : «si tu me fais mal, je te tue». Bon ben, on a refait du Brigitte Lahaie. C’est bien aussi.

Mais où ont-elles mis leurs chattes ?

      La cérémonie des Hot d’or a donné lieu à un classement qui m’a paru si déconnecté de son sujet que je n’ai eu de cesse d’aller en découvrir les profondeurs. Je m’imaginais qu’on allait y récompenser la plus belle érection, la plus longue éjaculation (j’ai appris à ce sujet qu’il y avait un championnat du monde de la spécialité qui s’appelle le squirting et que le champion du monde 2009 a envoyé son jet spermique à 1 m 646, ami lecteur, essaye devant ta glace en te rappelant que c’est départ arrêté), le lieu de tournage le plus spectaculaire (en rappel le long d’une paroi de glace ou devant chez BHL sur son paillasson…), mais non ! C’était comme ailleurs : meilleur réalisateur, meilleure actrice, etc… Respectabilité, que de crimes on commet en ton nom !

      Je suis allé voir le classement, et la seule chose qui m’ait intéressé, ce fut la distinction entre « meilleure actrice » (elle s’appelle Katsuni) et « meilleure performeuse » (elle s’appelle Cécilia Vega, et, au passage, lorsque l’on tape « performeuse » sous Word, ça souligne en rouge et ça propose à la place « perforeuse ». Word, c’est comme ma grand-mère, ça n’a pas vu passer 68, ni Internet et ça n’y connaît rien au porno). Bref, je suis allé sur les sites des deux impétrantes (mot qui n’a rien à voir avec le sujet, quoi qu’il en ait), et j’ai découvert deux choses importantes qui ont changé quelque chose de Tennessee en moi :

      1) l’actrice et la performeuse tiennent sur leurs blogs des propos sensés et intelligents (sur le sexe, bien sûr. Elles ne s’aventurent pas sur les raisons de la crise). Par exemple, dans ses remerciements, Cécilia Vega dit ça : « … Une reconnaissance de la profession, certes, mais aussi de la part des spectateurs, qui ont voté. Merci à eux. Merci également à ceux qui m'ont mis des bâtons dans les roues, ceux qui, à un certain moment de ma carrière, m'ont pronostiqué comme finie et non bancable. Merci à celles qui, par leurs influences dans le métier, on cherché à me barrer la route. Merci à celles qui ont fait preuve de la plus grande des ingratitudes. Oui, merci à eux aussi, car ils m'ont appris à aller de l'avant et à ne pas me laisser abattre. Et à comprendre que dans ce métier, on se fait soi-même... »

      2) Dans le porno aujourd’hui, tout se passe dans le cul, on ne voit quasiment plus les chattes. Il y a certainement des raisons profondes à ces changements de goût chez l’amateur. Faut approfondir.