Moi Tout seul International

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Analyse de chevet

      A ma gauche (quand je suis sur le dos), ma femme, qui lit. Nos jambes sont déjà méli-mêlées car nous dormons tressés l’un contre l’autre. A droite, ma table de chevet.

      Qu’est la table de chevet ? La table de chevet est au dormeur occidental ce que le majordome est aux vestiges du jour. Une présence discrète mais irremplaçable, un secours, le témoin des heures grises, une mémoire.

      Qu’est encore la table de chevet ? La preuve de l’existence de pieux.

      Chaque homme est unique, la preuve en est sa table de chevet. J’observe la mienne, que dit-elle de moi et de mon unicité ?

      C’est un modèle Leksvik de chez Ikéa, avec tablette supérieure mobile et porte en façade dissimulant deux étagères de 40 sur 60. De haut en bas, qu’y voit-on ?

      Sur le petit rebord surplombant la tablette supérieure mobile, une lampe (également de chevet car j’ai le sens des assortiments de bon goût), modèle Tenn (Ikéa) à ampoule à basse consommation. Un stylo Pilot et un crayon de papier équipé à son bout d’une petite gomme inutilisable.

      Sous la tablette (laquelle, lorsqu’on la soulève, provoque le glissement, entre mur et meuble, de tout ce qui s’y trouve. C’est un défaut majeur que je devrais signaler au service consommateurs de la marque susmentionnée (deux fois déjà, ça va). Ou alors, l’ais-je mal montée ?), au milieu de quelques moutons (on ne pense jamais à aspirer là dedans), se trouve l’alliance de mon précédent mariage, que je n’ose pas jeter ni déposer dans le coffre à bijoux de mon actuelle femme (où les personnes divorcées rangent-elles leurs anciennes alliances ? Il y aurait une étude à faire là-dessus).

      Posés sur la tablette, 3 livres, deux marque-pages, un bloc notes format 15 x 19 petits carreaux et, tant que je ne dors pas, mon téléphone portable (qui sert de réveil et que je pose au sol lorsque j’éteins afin de pouvoir appuyer dessus plus facilement quand il sonne, généralement entre 7 heures et 8 heures du matin, selon les jours).

      Il est intéressant de noter au passage qu’au moment même où le portable perd sa place sur la tablette, il y est immédiatement remplacé par mes lunettes.

      Les deux marque -pages : l’un est consacré à la promotion de la 13ème Fête du Livre d’Autun (Saône et Loire), du 24 au 25 avril 2010, à laquelle je ne suis pas allé. La manifestation s’intitule « Lire en Pays autunois » et l’illustration représente curieusement un diable façon sculpture de cathédrale (il y en a une à Autun) tendant un livre (rouge) à une femme nue, au sexe dissimulé derrière une imposante feuille (de chêne ?), laquelle femme lit déjà un autre livre, avec un sourire de plaisir non dissimulé celui là, tout en se saisissant mine de rien du livre rouge. L’autre marque-page est la carte de visite professionnelle d’Anne-Gaëlle Fontaine, attachée de presse chez Gallimard. Je ne connais pas cette Anne-Gaëlle mais je trouve chic d’être en possession de sa carte de visite sur ma table de chevet.

      Les trois livres : en cours de lecture, « Paris insolite », de Jean-Paul Clébert aux Editions Attila. En attente, sous le premier, « Moisson rouge » de Dashiell Hammet, collection Série Noire. A côté des deux premiers, « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire, aux Editions Présence africaine. Ces trois là forment un ensemble symptomatique : un pour tout de suite, un pour après, un pour tout le temps.

       Derrière la porte de façade, deux étagères, vides. Est-ce bien qu’elles le soient ? Devraient-elles supporter quelque chose ? Et si oui, quoi ? Mystère.

Le Monde à verlan

      Autant l’avouer tout de suite, là, et par écrit kipluset, j’attaque le Monde à l’envers.

      Je sais que je ne suis pas le seul, je sais que c’est très signifiant et qu’avec un matériel comme ça, mon psy peut me faire chier des mois durant, mais c’est comme ça, c’est une addiction, une position antalgique inconsciente, destinée à calmer des douleurs qui ne le sont pas moins, un geste qui a perdu le contact avec ses sources originelles, une manie, un rituel magique, bref, un TOC .

      Tenter d’attaquer le Monde de 1 à 32 reviendrait à casser en moi quelque chose de fondamental. A briser ma structure, à me faire péter le génome.

      Je vais me mettre à pleurer, ne me force pas.

      Or je sais POURQUOI j’attaque le Monde à l’envers. C’est pour des raisons métaphysiques, et ouais mon pote.

      - Raison métaphysique N° 1 : Le Monde est un produit industriel dans la fabrication duquel n’entre aucun élément naturel, aucune surprise, qui est conforme à un système prévoyant qu’il commence chaque jour à 1 et finit chaque jour à 32. Il n’est ni bio ni même vivant, c’est un écomusée avec un sens de la visite et des matinées scolaires.

      L’attaquer par la fin c’est comme entrer nuitamment et par effraction dans l'hémicycle de l’Assemblée Nationale, repérer le pupitre d’un député d’extrême droite, en soulever le couvercle, péter dedans et refermer rapidement avant de ressortir incognito.

      Le Monde à l’envers, c’est l’acte anarcho-poétique qui permet au noyé de remonter joyeusement du fond de la piscine en demandant où sont les filles.

      - Raison métaphysique N° 2 : Le Monde a sa logique, qui consiste à représenter l’homme et son univers en partant du grave pour aller vers le léger. Mais la logique du Monde, ma métaphysique s'en tape. Ma métaphysique estime que ce qui est grave dans le Monde est le léger de l’homme, et que ce que Le Monde juge léger est en réalité l’essence même de l’homme.

      Je lis Le Monde en commençant par la dernière page depuis que je suis tout petit.

Recettes de l’assoce

      Parmi tous les milieux à l’étude desquels je me livre fébrilement dans l’espoir de trouver le mien, y a celui des « assoces ». Et à la campagne, une assoce, ça s’appelle généralement un foyer rural.

      Ami lecteur, ouvrons notre boîte à jeu de la petite sociologie amusante, et observons comment fonctionne le foyer rural. Deux grandes familles s’y distinguent : 1) le foyer rural dit « à animation culturelle », et 2) le foyer rural dit « à distraction d’anciens ».

      Dans la première catégorie, l’équipe des animateurs culturaux, très dynamique et motivée, s’active à monter des spectacles : a) théâtre amateur, b) chorale, c) conte) et des expos, à faire venir des artistes ou des conférenciers et à trouver des sub (ventions).

      Dans la seconde, la présidente s’active à trouver les 50 personnes qui rempliront le bus pour la visite du parc animalier de Ste Cunégonde sur Seille, avec repas à bord de l’arche de Noé reconstituée dans le jardin d’hiver (splendide), le tout pour 80 euros par personne (adhérents : 50 euros).

      Ces deux philosophies de l’assoce de type rural sont très anciennes, très structurées et non substituables l’une à l’autre. Or, quand on devient membre d’une communauté rurale, on ne choisit pas, on trouve. L’une ou l’autre sont là, et votre seul choix consistera à vous y intéresser ou pas (a) en vous y intégrant, b) en assistant aux distractions proposées).

      Ami lecteur, si tu fais partie d’une assoce de catégorie I, ne parle pas de loto ni de sortie karting pour les jeunes, tu risques d’être regardé comme un échappé du musée des arts premiers en quête de reconstitution chromosomique.

      Et si tu fais partie de la II, ne parle pas de soirée conte ou de venue de la troupe des Sacrés Beurnonciaux, même si elle marche très fort dans la région : tu risques de subir la honte de regards mi-attendris mi-consternés, et de t’entendre dire qu’on- y-a-déjà-fait-mais-ça-n’a-pas-marché (ce qui, en enquêtant plus tard, s’avérera faux, mais la présidente est tremblante de peur à l’idée de changer quoi que ce soit à ce qu’on a déjà fait).

      Ma femme et moi, on est tombés dans une catégorie II. Le prochain voyage durera deux jours, ce sera pour nous une expérience chamanique de type « herbe du diable », avec passage dans l’ailleurs-autrement, ce qui constituera la préfiguration d’un prochain Satori que nous effectuerons l’année prochaine, lors de l’excursion au Mont St Michel d’ores et déjà prévue.

La mort de Fess

      Evidemment l’actualité, cette pute aux mille maquereaux, ne lui a laissé aucune chance. Il est mort, d’un coup d’audimat entre les deux yeux, et son chapeau de castor a volé en l’air. L’événement a fait un bide.

      Pas un tiens Fess Parker est mort, pas un applaudissement. D’ailleurs, le cinéma était fermé, le trappeur a viré négatif dans une salle vide.

      Fess Parker, c’était Davy Crockett.

Y avait un homme qui s’appelait Da-vy

Il était né dans le Tennessee…

Si courageux que quand il était p’tit

Il tua un ours du premier coup de fusil

Davy, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur.

      Tout le monde connaît la chanson, et la musique. Tout le monde l’a vu, avec son long fusil à un coup, se battre contre les pirates de la rivière ou contre les odieux voleurs de bétail.

      Putain, Fess Parker, c’était mon George Clooney à moi ! C’était aussi le cinéma pour la première fois. Et contrairement au long fusil à un coup, je n’avais aucun recul. Ca a imprimé sec dans le cerveau de mes mémoires enfantines.

      Fess Parker est mort ? Tu rigoles !

Nul en sexe !

      La 1ère fois que je me suis retrouvé dans un lit, tout nu, avec une fille, toute nue elle aussi, j’ai trouvé ça formidable.

      C’était il y a un peu plus de 40 ans. On était là, tous les deux, un peu émus mais bien intéressés quand même. On découvrait des choses qu’on n’avait jamais vues, ça avait un côté aventure extrême. C’était excitant. Sa peau était douce, elle avait cette petite toison de poils soyeux. Elle caressait mon sexe, sous le drap, elle qui n’avait encore jamais vu un sexe d’homme dans sa grandiose raideur. On ne disait rien. Pas besoin de mots à ce moment là.

      Et puis, il s’est passé quelque chose. Le téléphone a sonné dans la maison familiale. Et je suis allé répondre ! Je me suis levé, tout bandant, j’ai couru dans le couloir, j’ai descendu l’escalier et je suis allé décrocher. Le téléphone était-il donc plus important qu’elle et moi, plus important que ce moment exceptionnel ? N'étais-je plus qu’une connerie de réflexe de bon garçon qui y va quand ça sonne ? 40 ans après, il me suffit d’y penser pour que ça m’énerve encore.

      Quelques mois après, nouvel épisode, nouvelle fille, plus aguerrie celle là. Je prends contact à nouveau avec le grand plaisir de la peau, si douce, avec les caresses. Et de nouveau, la catastrophe. Ma belle et excitante (et excitée) petite amie me dit : «  mets-toi ! ». Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire. « Mets-toi » ? Je lui ai demandé « comment veux-tu que je me mette ? » Aujourd’hui, j’en ai des bouffées de honte virile et de frustration !

      C’est que le sexe, ça s’apprend, comme le reste ! Et à l’époque, c’était difficile d’apprendre le sexe. Côté ouvrages éducatifs, l’équipement laissait à désirer.

      Au commencement était la revue Paris-Hollywood, que le grand cousin d’un copain allait nous acheter, moyennant le cadeau d’un paquet de Kool, ou de Viceroy. On allait se planquer dans la grange et on regardait ça :

      …Des femmes étonnantes, lointaines, colorisées comme des images pieuses avec des seins.

      Plus tard, on a eu Lui, « le magazine de l’Homme Moderne ». Un journal qui essayait de faire croire qu’il était intéressant à cause de ses articles !

      Beaucoup plus tard, trop tard pour moi, arriva Hot Vidéo, sorte de BHV du sexe en image, en vente dans tous les kiosques. Hot Vidéo vous expliquait avec sagesse qu’il n’était pas un journal DE cul mais un journal SUR le cul !

      Paris-Hollywood, Lui, Hot Vidéo, ou l’illustration de 30 ans d’éducation sexuelle. Avec Paris-Hollywood, des seins et pas de sexes : c’étaient nos mères. Avec Lui, des seins, toujours pas de sexes mais du potentiel fantasmatique : c’étaient nos sœurs.

      Avec Hot Vidéo, plus de mystère : c’étaient nos femmes !

Souvenirs pour demain

      Bientôt je serai mondialement connu, grâce à ce blog dont les billets seront traduits en 18 langues. J’aurai fait l’objet de deux thèses d’Etat, l’une de littérature et l’autre de sociologie, et le New Yorker m’aurait proposé une chronique régulière, ce que j’aurai dû refuser par manque de temps. Drucker m’aurait offert quant à lui une place dans son équipe du dimanche, lui qui recherchait depuis 40 ans le partenaire drôle et grinçant qui manquait à son poitrail de vieil animateur stalinien. J’aurai décliné la proposition, d’une manière délibérément condescendante mais polie.

      Bien sûr, je serai devenu riche, de tous ces articles, scénarios, romans, essais et livrets d’opéra qu’on m’aurait commandé à n’importe quel prix.

      Partout on rechercherait ma compagnie, au point que j’aurai dû embaucher un secrétaire particulier, vieil homosexuel efficace et discret, fidèle et touchant, dont le maniérisme désuet ferait rire en douce mes amis.

      Je n’aurai toujours aucun succès auprès des femmes, l’âge n’ayant pas arrangé ma laideur et ne m’ayant conféré aucun magnétisme animal miraculeux. Et puis l’amertume secrète de n’être pas beau n’était-elle pas à la source même de mon humour si ravageur (dont chacun se demanderait toujours d’où il peut me venir).

      J’irai d’universités américaines en séminaires normands. Mon agent littéraire à Londres prendrait pour moi des rendez-vous d’essayage chez les tailleurs de Saville Row, tandis qu’au sein d’une vieille halle médiévale dormirait ma collection de Chevrolet et Cadillac des années 40.

      Comme Charlie Parker, je boirai mon whisky coupé de lait, mon ulcère ne supportant plus les alcools forts.

      Je serai devenu paisible et sans caprice, toujours amoureux de ma femme auprès de laquelle il fait si bon dormir.

      J’aurai, finalement, réussi à coller avec moi-même, dans une parfaite juxtaposition de mes rêves et de ma réalité.

      Au point que les dieux, frappés de stupeur et d’émotions, auraient décidé de me rendre immortel afin qu'éternellement je puisse nourrir ce blog, pour le bonheur des hommes.

Honneur à nos ratés !

      Appel à souscription pour l’érection d’un monument à la gloire de tous les maudits, sales rêveurs, morts pour rien, soldés inconnus, indépendants pendus, chercheurs sans but, déposeurs de brevets dépassés, commerçants aux boutiques vides, attrapeurs de trapèzes ratés, artistes sans oeuvres, perdants perdus d’avance, déposeurs de bilans plombés de dettes et de chagrin, patrons en faillite, preneurs de risques écrasés au fond du ravin, entrepreneurs lâchés, trompés, moqués, oubliés, bâtisseurs de sam’suffit en terrains inondables, prêteurs sans recours, crieurs dans le désert, pisseurs de violons, hérissons créatifs traverseurs de routes, accidentés de la routine, fracassés de l’indifférence, arnaqués de l’inertie, de la lâcheté, de la fourberie, du cynisme de frères en échecs pollués d’amertume et redevenus sauvages, chercheurs d’or assassinés, vieillards escroqués, enthousiastes douchés, planeurs tombés de haut dont on enjambe avec agacement les cadavres.

      Un monument comme ça, ce serait beau, non ?

      Tu dors ?

Autopsie d’une irritation, chap. 1

      En ce moment, je travaille la question de mes irritations. Dès que quelque chose m’énerve, je fonce sur mon cahier de grattage, et j’écris :

      - mardi 17 mars, 18h.30. Des gamins font vrombir leurs motos près du lavoir, à 100 mètres de ma fenêtre ouverte. Le bruit est puissant, désagréable et dure depuis 20 minutes. Enervement. « Y vont faire chier longtemps, ces p’tits cons ? » Je pose la question à haute voix, pour moi seul puisque personne ne peut m’entendre. Analyse : 1) par la méthode empathique. Quand j’avais leur âge, je faisais exactement pareil, surtout quand il y avait des filles. Erotisme de la moto (le gros engin entre les jambes), attitude mâle (je domine la bête), expérience de l’adolescence. Vérification : je tends le cou vers le lavoir, et c’est gagné. Il y a là Marion et Anaïs. J’oublie le bruit et rêve aux Catherine et Elisabeth d’il y a… longtemps. Fin du grattage. 2) par la méthode Zen : centration, intériorisation, calme intérieur. La paix s’installe, plus rien ne compte sinon soi. La méthode suppose une technique maîtrisée par de longs mois de pratique, mais là encore, fin du grattage. 3) par la méthode invasion du territoire ennemi : hurlement de ma part en direction des p’tits cons. Résultats variables à court terme et nuls à long terme. A l’avenir, se concentrer sur 1) et 2).

      - mercredi 18 mars, 11h. Passage devant le trou commencé il y a trois mois dans la buanderie, première étape de la pause prévue d’un râtelier à vélos. Immense sentiment de culpabilité consécutif. Analyse : 1) par la méthode bilan de compétences. Tu ne sais pas faire ça. Le premier scellement n’a pas tenu, le râtelier est tombé tout seul avant même que les vélos n’y soient accrochés. Laisse tomber et rebouche, puis couvre toi la tête de cendres et va annoncer à ta femme que tu renonces. Si elle t’aime (elle n’est pas parfaite non plus, hein ?) elle comprendra et te laissera faire appel à ton voisin maçon. Thérapie désagréable mais fin du grattage. 2) par la méthode dite du Schwarzenegger. Ouah putain, tu l’auras, c’est pas un p’tit trou à la con qui va t’impressionner. Respire à fond, bois un coup de calva, fonce chez Briconaute, discute cinq minutes avec le vendeur, prends rendez-vous mentalement avec le trou, bloque ta respiration et scelle en apnée. Technique un peu extrême, mais efficace, le râtelier tient, et les vélos aussi.

      En tête de mon cahier de grattage, j’ai noté : « Le moustique ne te pique pas pour que tu te grattes » (proverbe tsé-tsé).

Tu m’sens ?

      La voilà, la vraie question fondamentale, l’interrogation quintessencielle, celle qui englobe toutes les autres, le grand Hic, plus fort que les to be or not be, les dans quel état j’erre et les quand est-ce qu’on mange. « L’affaire » en quelque sorte, plus paradigmatique que les qui suis-je, plus conceptuelle que les où vais-je, plus stratégique que les que faire, plus pragmatique même que les tu m’aimes.

      La plus souvent formulée aussi. Formulée ? Murmurée, geinte, voire gémise, râlée, bafouillée, bêlée chaque soir dans des millions de résidences, appart’, taudis, charmantes fermettes à restaurer et autres lofts ou F2 subventionnés.

      «Tu m’sens ?». That is LA question angoissante.

      Ou, plus exactement, l’Angoisse sous forme de question. Ainsi en est-il depuis que l’homme est homme et la femme, femme et que, chassés du Paradis, ils furent l'un et l'autre condamnés à ne plus connaître le plaisir - autant dire le divin - qu’en s’emboîtant l’un dans l’autre. Prise mâle, prise femelle, queue et aronde, tenon et mortaise, enfoncement de petits bouts de bois dans les oneilles.

      « Enfoncement, enfoncement, tout ne serait-il qu’enfoncement ? » (Haroun Tazieff).

      Mais si je m’enfonce, est-ce qu’alors, tu m’sens, demande l'homme ? Parce qu’alors, si tu m’sens, alors ça va, je suis l’Homme, l’Adam, l’Amant, l’Ardeur, l’Hardeur qui sera sauvé de son éternelle damnation par le Grand Bandeur, le Patron qui, peut-être, l’élèvera un jour au rang d’Archipriape ?

      Maintenant, silence. Enfoncé jusqu’aux poils, l’homme a lancé Sa Question. A la femme de jouer. Lui, attend. La nature, les animaux, respectueux, se sont tus.

      La femme, elle, s’étonne. POURQUOI ? Pourquoi cette question ? Pourquoi me la pose-t-il TOUJOURS ? Bien sûr que je le sens ! Comment pourrais-je ne pas le sentir, vu qu’en plus il me pilonne brutalement, au point que je ne vais pas tarder à toucher le mur, me ravageant une fois de plus la mise en plis contre la tête de lit.

      Alors, POURQUOI ? se demande la femme.

      La femme ne comprend pas l’homme, voilà, c’est dit, c’est lâché. Elle ne comprend pas l’homme et ne le comprendra jamais. Toutefois, prise de peur face à l’inconnu, l’indicible, l’innommable de l'homme, elle dit : « oui, je te sens ». Ajoutant généralement : « je te sens, je te sens BIEN ! »

      Ce « BIEN », cette répétition, suffisent à l’homme. Mystère de la conscience humaine, énigme surgie des profondeurs de la psyché ? Y a-t-il dans la « Tu m’sens » quelque chose qui dépasse la bête ? Comment dit-on « tu m’sens » en lionne, en vache, en lapine ?

      L’homme a besoin d’estime, et de sécurité, mais il a d’abord besoin de savoir qu’on le sent.

Le Club des Claustrophiles

      Je n’irai pas par quatre chemins creux. Voici les questions que je me pose lorsque je m’interroge sur ma vie paisible (perplexe mais cool, telle est ma devise).

      La vie pour moi, est-ce du large ou du profond ? De la largeur de champ ou de la profondeur de vue ? Du plat ou du trou ? Du général ou du particulier, bref, de l’horizontal ou du vertical ?

      Test de préférences, à la manière de Elle ou du Nouvel Obs. Ami lecteur, que choisis-tu ?

      - L’immensité ou l’intimité ?      

      - Le Plateau de Millevaches ou les Gorges du Verdon ?

      - Le jardin secret ou le jardin public ?

      - Le Monde (quotidien horizontal bien connu) ou Le Monde du Camping-car (ou du Son, ou de la pâtisserie, ou de l’Inconnu…magazines verticalement enfoncés dans leurs spécialités ) ?

      En hommage à mes expériences intra utérines (démarrer coincé, tel est le destin du bébé), et à toutes ces périodes où j’ai vécu heureux parce que j’étais caché, je réfléchis à la création d’un « Club des Claustrophiles », l’association de ceux qui préfèrent les penderies aux chambres à coucher, les cellules aux lofts, les années de recherche aux opportunités à saisir, Normal Sup’ à HEC et les revues savantes aux journal des ventes.

      La vie est-elle calme et tranquille au fond des bibliothèques ? L’est-elle plus qu’au sein des « open spaces » des entreprises modernes ?

      Quand l’angoisse existentielle te saute à la gorge (qui suis-je, que vosges ?), vaut-il mieux être DEJA au fond du trou, que craindre d’y tomber ?

      THAT is the question !

L’existence précède l’essence sans plomb

      Attention ! La vie à la campagne peut plomber. Le taux d’habitudes y est élevé, l’atmosphère des hameaux, villages et sous-préfectures contient de fortes doses de passeïte qui peuvent s’avérer nocives, voire toxiques.

      Les greffes d’idées nouvelles ont peu de chances d’y prendre. Quelque chose de paralysant émane en permanence des marchés, des associations, des offices de tourisme et des conseils municipaux. Le rural ressemble aux invités des jeux de TF1 et aux victimes des intempéries que l’on nous montre aux actualités. Il est intimidé, ou catastrophé, c’est selon.

      Le rural existe, ce qui l’occupe entièrement. Il aime à vérifier que tout ce qu’il connaît est bien là et que tout ce qui est là, en face de lui, est connu. Sa tête est cognitive, « psy » est pour lui le préfixe de tout un tas de maladies honteuses dont il convient de rire pour s’en exorciser.

      Dimanche, il pleuvra pour la fête des conscrits de la classe en 0, et il fera froid, c’est dit. Défilés sous la pluie, cocardes sous parapluies, courons au banquet, où nous resterons jusqu’à la nuit.

      Et si nous en profitions au contraire pour goûter aux joies de l’annulation, mère des initiatives ?

      Entrons dans une église et confessons-nous les uns les autres.

      Poussons la porte d’un café et commandons-nous des absinthes, comme faisaient Rimbaud et Alphonse Allais.

      Ecartons le rideau d’un sex-shop et demandons s’il y a des films pour les tricophiles, ou sur l’acomoclitisme.

      Pénétrons dans une pharmacie, et enquérons-nous de savoir s’ils disposent d’élixir de pétasite, qui soigne si radicalement le rhume des foins.

      Conduisons nos automobiles et allons saluer les Hollandais volants qui passent sur la Saône.

      Enfin, regagnons nos maisons, et demandons-nous quel animal nous aimerions être, ou bien quel tableau, et puis allons dîner dans la salle de bain en laissant couler la douche, pour faire comme si nous déjeunions en terrasse.

      Et puis allons nous coucher, et posons nos mains sur les cuisses les plus proches. Les tiennes sont si douces, mon amour.

      Et accordéons nos violons, une fois de plus.

Lutter tue

      Je déteste la compétition. Son spectacle comme sa pratique. La compétition est une manière de pratiquer la relation humaine que, sans trop savoir pourquoi, je trouve très déplaisante.

      Et mon dégoût s’applique à toutes les formes possibles de combat, scrabble compris (ou, peut-être, scrabble en particulier ?). Je dois cependant tenter honnêtement d’approfondir et de trier les motifs de cette mystérieuse répulsion (sinon, à quoi sert ce blog ?).

      Donc. Une compétition va générer grosso modo deux formes artificielles d’individus, un winner et un loser. En français, un vainqueur et un vaincu (remarquons en passant que vainqueur rime avec cœur et vaincu avec cul. Là, déjà, la messe est dite).

      Le winner est avant tout une personne mal élevée, qui ne sait pas rester chez elle et n’hésite pas à venir piétiner vos plates-bandes narcissiques. C’est un pique-assiette qui trouve amusant de vous faire honte devant tout le monde, ce qui lui permet, en outre, d’avoir du succès (double peine pour le perdant). Si le winner perd, c’est à cause du vent, et de sa raquette dont le cordage a été salopé. C’est dire si le winner est une noble figure.

      Aussi, me trouver confronté à un individu de cet acabit, dans une situation sans autre issue que de le transformer coûte que coûte en loser, ou d’assister à ma propre transsubstantiation en vaincu me fait-il horreur.

      C’est la raison pour laquelle je refuse de jouer à quoi que ce soit (jouer ! Quel mot, la compétition n’est pas un jeu, c’est du meurtre à l’état virtuel, de l’assassinat en carton), tous genres, motifs ou adversaires confondus. C’est pour moi une question de principe et d’éducation : dans ma famille (j’entends ma famille morale), on ne fréquente pas ces gens là, c’est tout.

      Il y a corrélativement une autre raison qui m’interdit ces pratiques, c’est l’idée de transformer une personne jusque là respectable et amicale en loser si, d’aventure, il m’arrivait de gagner contre elle. Ce serait me montrer à mon tour bien mal élevé que de lui infliger ce que je ne voudrais pas que l’on m’infligeât.

      Finalement, battre quelqu’un au cours d’une compétition m’est aussi désagréable que d’être moi-même battu. D’où mon allergie.

      La conversation, le théâtre, le sexe, la choucroute du foyer rural, l’anniversaire de ma femme, voilà des manières d’être en contact avec l’autre, selon le bon vieux principe du « gagnant gagnant ». Je t’apporte quelque chose, que tu intègres et qui te modifie, ce qui m’amène à mon tour à changer, enrichi que je suis de l’échange avec toi.

      La compétition, c’est je te bats, je te baise, je t’écrase, je t’enfonce, bref, je t’élimine. Non ?

Moi ? Un gros con ? Ca alors !

      Je me suis fait insulter, traiter de gros con, en face à face, devant témoins, et je n’ai pas su quoi faire.

      Ca ne m’était jamais arrivé, ça m’a pris à froid. N’ayant aucune pratique de l’improvisation contre offensante, je n’ai pas su trouver la réplique, la distance, l’humour. Quelque chose s’est bloqué en moi, ma trieuse à émotions a disjoncté, ma langue a serré, et en moins de deux minutes, j’étais dans les cordes.

      Les deux injurieux sont partis, avec moi qui n’arrivais pas à faire autre chose qu’à secouer la tête en marmonnant des non mais c’est dingue, c’est dingue. Comme un con, comme un gros con.

      Depuis, je rumine des réparties, des échanges, je fantasme des rencontres. Pire, j’imagine des coups, partis d’une colère en fusion qui aurait jailli de moi pour se transformer en brûlante pluie de gnons sur l’autre, le voisin, devant la porte duquel je n’ose plus passer en attendant, de peur de tomber sur lui et d’être à nouveau saisi d’incapacité psychomotrice.

      Drôle d’expérience que la violence de l’autre qui vous tombe dessus sans crier gare. Tout ça à cause d’un article de 10 lignes dans le bulletin municipal et d’une allusion bénigne à l’obligation faite à chacun de tenir son chien en laisse quand il se balade, y compris à la campagne. J’avais écrit ça à la demande du conseil municipal, et j’avais ajouté qu’agir ainsi, c’était un geste écologique dans la mesure où l’écologie, c’est le respect des territoires.

      Or l’injurieux et sa femme sont des militants écolos, et ils n’ont pas supporté d’être pris à partie sur leur terrain. Ils se sont sentis jugés. Par moi. D’où le « gros con ».

      Quand j’y repense, je me rappelle qu’il y a eu un instant, très bref, durant lequel j’ai éprouvé l’envie violente de lui envoyer mon poing dans la figure. Une espèce d’acte réflexe pour le faire taire puisque je ne trouvais pas les mots.

      Taper sur la gueule de quelqu’un ? Moi ? Depuis que j’ai réalisé cela, un nouvel horizon s’est ouvert. Comme un possible jusqu’alors inimaginable. Peut-être que si je tapais sur l’injurieux, j’irais mieux après.

      Comme une sorte de dépucelage pugilistique qui ferait de moi l’adulte que je ne suis sans doute pas encore tout à fait.

      Manquerait plus que ça !

La mystérieuse affaire Pénis

      Moi (inquiet des dizaines de spams reçus chaque jour, qui m’enjoignent d’avoir un plus gros pénis pour mieux satisfaire mon amie) : comment trouves-tu ma queue ?(entre nous, on dit « ma queue »). 

      Elle : quand tu dors ou quand tu as envie de moi ?

      Moi : c’te question !

      Elle : parce que quand tu dors, je la trouve attendrissante. On dirait un petit fennec qui fait la sieste au creux des dunes en attendant l’avion de St Exupéry.

      Moi :? …Quand je bande, bien sûr. Tu la trouves grosse, longue, raide ? Elle te plaît ? (J’ai vérifié tout ça, avant d’aborder le sujet : 14 cm de long, 5 cm de circonférence et une rigidité capable de supporter un poids de 100g sans s’abaisser).

      Elle : je la trouve belle. Elle a une jolie tête qui prend une couleur splendide, comme un coucher de soleil en mai sur les collines du Clunysois. Et dans ma bouche, sa peau est douce, j’aime bien l’avoir dans ma bouche.

      Moi : oui, mais quand j’entre en toi, comment tu la trouves ? Assez longue ? Assez dure ? Assez grosse ? (J’ai en tête les mensurations de Rocco Siffredi : 24 cm de long !)

      Elle : elle est parfaite, mon amour mais je suis surtout heureuse que ce soit la tienne.

      Moi : oui, bon, mais la taille ? Le ratio L x l x R (Largeur, longueur, Rigidité) ?

      Elle : surtout, ne change rien, continue seulement d’avoir envie de moi, mon chéri.

      Moi :… (Toujours pas réconforté).

      Elle : en fait, si j’avais quelque chose à te dire à ce sujet, je dirais que tu jouis un peu trop vite.

      Moi : comment ça ?

      Elle : ben oui, tu m'excites avec tes géniales caresses, tu entres en moi, et c’est bon. Tu commences à aller et venir, et c’est vraiment très, très bon. Et puis tu jouis, et c’est fini pour moi, c’est dommage.

      Moi : comment ça, je jouis, bien sûr que je jouis. Qu’est-ce que tu veux que je fasse, que je siffle ? Je fais l’amour, voilà…

      Elle : dans ton cas, on dirait plutôt que tu tires un coup. Tu ne peux pas attendre un peu plus longtemps, rester dur une minute ou deux, que je jouisse en même temps que toi ?

      Moi : tu n’as qu’à te dépêcher un peu, si tu veux arriver en même temps que moi. C’est comme en rando’, tu te dépêches et on arrive ensemble !

      Elle : laisse tomber.

      Moi : et à part ça, la taille, c’est bon, ça va ?

La face cachée de la thune

      Pas de plaisirs sans la punition qui va avec. C’est la morale judéo-chrétienne attachée à l’action de gagner de l’argent : aux plaisirs de ce qu’il procure s’attachent consubstantiellement les emmerdements liés à sa conquête. Emmerdements que l’on peut donc s’éviter en renonçant à courir après et, corrélativement, en renonçant à en avoir.

      C’est le charme discret du gagne-petit opposé à l’arrogance démonstrative du plein aux as.

      A ma gauche (le plus souvent), le smicard du BTP, l’employé de la grande distribution ou de la banque, voire l’intellectuel peinard dans sa bibliothèque, spécialiste de l’étude des moines soldats du lac Balaton au 11ème siècle (référence révérence).

      A ma droite (neuf fois sur dix), le commercial-trader-avocat d’affaires plein aux as mais qui bosse 70 heures par semaine et vit dans un stress que les autres ne peuvent même pas imaginer.

      Au moment des grandes décisions d’orientation de ma vie professionnelle, j’ai choisi le stress (pour lequel je n’étais nullement préparé, ne l’ayant jamais rencontré) et ses conséquences hypothétiquement favorables, au lieu du calme (dont j’étais devenu un vrai spécialiste au sein de ma famille) et de la croissance végétative à un (tout petit) chiffre.

      Mauvaise pioche ! Dont je me maudis chaque jour et dont je n’hésite pas à rendre co-responsables mes père et mère, incapables de m’aider à choisir au moment crucial et me laissant patauger dans le marécageux no man’s land du ni-ni (ni encouragement, ni découragement), lequel était, qui plus est, dûment fermé à toute influence (et nourriture) extérieure du fait d’une éducation terriblement protectrice.

      A cause d’eux, j’ai poussé la porte de l’arène en croyant que c’était une cour de récré’. Et j’ai morflé.

      Aujourd’hui, j’ai compris l’astuce. « Quand tu tombes du bateau et que tu ne sais pas nager, tu fais SEMBLANT de savoir, et tu regagnes tranquillement la côte » (proverbe chinois, ou dogon, je ne sais plus).

Rapprochons les hommes, ça fera des vacances aux chiens

      Je rentre de Paris, où je n’avais plus mis les pieds depuis des mois, puisque je vis dans une campagne. Mes impressions ? Deux choses m’ont impressionné.

      1) A Paris, les femmes sont belles, incomparablement plus belles qu’ici (si j’exclue ma femme, qui est la seule jolie femme à des kilomètres à la ronde, et c’est justement ça qui m’a frappé à Paris : le nombre de femmes aussi belles que la mienne).

      2) A Paris, les chiens ressemblent à des touristes. Je veux dire qu’ils n’ont pas l’air d’être du coin. Ils paraissent égarés, traînés de force, attachés à un Toutour Operator sadique, tristes, chiens battus. J’ai réfléchi là-dessus (sur l'histoire des chiens parisiens. Sur la beauté des femmes, ce sera plus tard) et il m’est apparu (dès que je réfléchis, des choses m’apparaissent, je suis un miroir) que s’il y a une différence importante entre la ville et la campagne, c’est bien celle qui concerne les animaux et les rapports qu’on entretient avec eux.

      A la campagne les animaux sont de vrais partenaires, sur lesquels on peut compter, alors qu’en ville, les animaux sont, au mieux, des substituts affectifs (des totottes à poils) et, au pire, des adversaires. Il y a une relation rurale aux animaux. Elle est faite de proximité de vie, d’attention sérieuse et responsable, de soutien mutuel et de respect. L’animal de campagne, c’est la vie. Même s’il s’agit au final de le vendre, de le tuer, de le manger, il représente quelque chose de vital et, d’une certaine façon, de sacré, parce que cette relation s’inscrit dans l’histoire de l’humanité.

      L’animal de ville au contraire, généralement un chien ou un chat, a perdu cette condition sacrée et il le sait. Il a été jeté sur le trottoir, il en souffre et il se venge en posant partout ses crottes anti-personnelles. Il n’est plus qu’un objet de transfert affectif pour des humains perdus de douleur. On ne le respecte plus. Il est la putain de son maître, c’est affreux.

      Et qu’on ne vienne pas me dire qu’à Paris les chiens constituent l’ultime rempart à la solitude. Il y a d’autres moyens de lutter, comme l’alcoolisme, la poterie, ou les clubs échangistes.

     On devrait faire comme ce groupe de libération des nains de jardin, kidnapper les chiens et les relâcher dans la campagne, où ils vivront une vraie vie animale, de combats territoriaux, de fornication, de chasse au gibier, de courses haletantes dans une nature autrement plus excitante que le canapé du salon ou la banquette arrière de la Mégane.

      A Paris, les chiens vivent comme des bêtes.

      Brisons leurs laisses et condamnons leurs geôliers à de lourdes amendes ! Les municipalités urbaines pourront consacrer des budgets de nettoyage de trottoirs désormais inutiles à l’ouverture d’ateliers de poteries ou de clubs échangistes.

Tu seras une Rolls, mon fils

      Quand tu as perdu tes lunettes de vision globale et que tes essuie-glaces intérieurs sont tombés en panne, tu peux toujours te fier à ce vieux socio-garagiste de Maslow. Assis au sommet de sa tour pyramidale de contrôle technique, il voit tout sur 360° et te fait le diagnostic qualité pro, option « vie personnelle » quand tu veux. Ca ne te dira rien sur ce que tu as devant toi, mais ça peut t’éclairer sur l’endroit où tu es, c’est déjà ça.

      Suffit de croire que tous les êtres humains courent après les mêmes besoins et son banc d’essais sera pour toi.

      1ère vérification : les niveaux. As-tu bien mangé, bien bu, bien dormi, bien respiré, bonne pression ? Si oui, passons à la...

      2ème vérification : la sécurité. As-tu ce qu’il faut comme serrure trois points, blindage, plein d’essence, bonne santé et certificat de propriété ? Ca va ?

      3ème vérification : le réseau. Fais-tu partie d’un club avec les autres propriétaires de la marque, avec réunions annuelles, journal de liaison, banquets et site Internet dédié ? Et est-ce que vous vous faites des appels de phare quand vous vous croisez ? Tout va bien ?

      4ème vérification : le confort intérieur. Est-ce que ta voiture te donne confiance en toi, est-ce que les mecs te respectent quand ils te voient dedans, et les filles te demandent-elles si tu peux les emmener faire un tour à la campagne ? Toujours oui ? Attention, dernier niveau !

      5ème vérification : le classement comparatif. Meilleur dans sa catégorie, numéro 1 du classement dans le magazine Ego Plus. Au volant de ta voiture, ou même quand elle est au garage, as-tu le sentiment que ça ne pourrait pas être mieux, que tu te sens complètement épanoui et que tu es au taquet question potentialités ? Toujours oui ?

      C’est pas possible ! Tu as une Rolls ! Tu ES une Rolls !

      Vas où tu veux mon fils, ta route se tracera d’elle-même devant toi !

Quoi faire de 100 millions d’euros ?

      Dans ma recherche quotidienne de vie paisible (perplexe mais cool, telle est ma devise), la question de l’argent me paraît cruciale, quoi qu’en dise ma femme qui me serine que là n’est pas la question, que ce qui compte c’est comment je me sens à l’intérieur-dedans, même sans fric, etc…N’empêche !

     Ceci dit, j’ai vu où elle voulait en venir et j’ai bien réfléchi à la somme que j’imaginais nécessaire pour être débarrassé du souci. Du coup, j’ai découvert en moi un double besoin, ou plutôt disons deux niveaux de besoins.

      Niveau 1 : le niveau petit bras, celui de la grande majorité des gens qui estiment avoir «ce qu’il faut » et être heureux avec. Un ou deux placements pépères à 2%, la retraite qui tombe, une bonne routière bien suffisante pour aller voir les enfants dans le Loir et Cher, un chez soi pour tous les jours et un studio dans le midi pour les vacances. Pas d’envies, pas de frustrations, la recette idéale pour mourir de son vivant. Ca, je n’ai pas, je serais content d’avoir, mais je ne suis pas sûr que j’en tirerais un intense sentiment de bonheur et d’accomplissement personnel. D’où le deuxième niveau.

      Niveau 2 : le niveau « baguette magique ». 100 millions d’euros, à moi, rien qu’à moi, de la part de ma marraine la fée, qui - la salope - soumet toutefois son cadeau à une condition : « Voilà 100 briques, mais faut me les claquer en… disons un an, sinon, ça disparaît. Et interdiction de mettre le moindre centime sur un compte épargne. Compris mon biquet ? A toi de jouer». Là-dessus, elle fait claquer son fouet et disparaît dans le ciel au volant de son Spitfire rose de la dernière guerre patiemment restauré.

      Bon, un an, c’est long et c’est court, mais l’enjeu de jouissance est fort, faut pas se rater. Il va falloir la jouer futé si je veux un maximum de. Ca mérite de sacrifier deux ou trois jours à y penser dans le calme. Je fonce chez mon vieil oncle qui gère une maison close pour aveugles dans le Cantal, et trois jours plus tard, je sors avec mon Moleskine à fermeture caoutchoutée. Dedans, y a écrit ça :

      Objectif 1, dit «l’angélique »: participer modestement à un changement heureux au sein du Grand Inextricable, je veux dire le monde tel qu’il est.

      Objectif 2, dit « le diabolique » : tout remettre en jeu lors d’un grand concours ouvert à tous (un seul prix : les 100 briques) dont je définis moi-même les règles sauvagement machiavéliques.

      En ce moment, je me bats contre moi pour savoir duquel j’ai le plus envie. Mon psy m’aide un peu, mais il m’a prévenu que ça risquait d’être long. Putain, c’est dur d’être riche.

Conseiller « muni d’ses poils »

      J’habite un village - disons Joigny-les-deux-bouses et n’en parlons plus - qui comptait 253 habitants au dernier plouf-plouf. Pour administrer le susdit, 11 conseillers municipaux, dont moi (je suis un conseiller « muni d’ses poils » selon la bonne blague). 11 pour 253, c’est beaucoup, mais c’est comme ça, c’est constitutionnel. 6 gars, 5 filles pour ne s’occuper d’à peu près rien puisque le peu qu’il y a à faire est efficacement torché par la secrétaire de mairie, fonctionnaire territoriale payée par la République. Le seul un peu occupé, c’est le maire.

      Le maire doit aller à pleins de réunions que les vraies instances dirigeantes qui comptent lui imposent. Il en revient en disant qu’il n’a rien compris mais qu’il faudrait prendre une délibération pour dire qu’on est d’accord. Prendre une délibération, en langage municipal, ça veut dire voter. Donc la secrétaire de mairie nous convoque, nous autres les 11, on y va et on vote à 100 % d’accord. Et puis on ouvre une bouteille de blanc qu’on se partage.

      C’est dément. J’ai accepté en 2008 de faire partie de la seule liste en présence parce qu’ils n’arrivaient pas à trouver les 11 (11/ 250 = 4 % de la population !). J’ai accepté parce que je suis un mec sympa, du genre bonbond’accord. Aujourd’hui, je me dis que j’aimerais bien ne pas recommencer (en 2014…), mais j’ai peur de vexer en ayant l’air de faire mon intéressant.

      Encore une perplexité qui se rajoute à mon mille-feuille. C’est bien, ou c’est pas bien, un conseil municipal ? Ca évite les petits dictateurs de campagne, les coups en douce entre politiques locaux et gros paysans pour se partager les subventions, ça permet au citoyen d’avoir au moins un interlocuteur officiel à qui parler… Et puis c’est gratuit, un conseiller municipal, alors même si ça ne sert à rien… Mais dans les faits ? Etat + Député + Elu local (Département et/ou Région) + Notaire (surtout à la campagne !) + Maire (un pro, devenu compétent en Droit constitutionnel) et basta, c’est eux qui décident de tout, de toutes façons.

      En 2014, j’abandonne.

Du sexe fort, et même très fort

      Le cinéma X a bien changé depuis l’époque où je contemplais, mâchoire tombante et flamberge en main, tassé au fond de mon siège dans un cinéma porno de la rue St Lazare, les turpitudes de Brigitte Lahaie dans des décors de château des Yvelines sans électricité (rien que des bougeoirs, tenus en main par des valets lubriques).

      Depuis que j’ai vu les Hots d’Or (voir un billet précédent), j’ai repris contact avec le genre (grâce, en particulier, au site de Cécilia Vega, «meilleure performeuse»). Aujourd’hui, «c’est du brutal», comme disait l’autre, et de la défonce panoramique. Le double anal est devenu un double banal, genre figure imposée de début de concours régional de twirling bâton, les filles nous font profiter de leurs très larges ouvertures arrières, dans lesquelles elles n’hésitent pas à s’enfoncer elles-mêmes la main (ça s’appelle l’ «auto fist»).

      Grand Dieu, et ça cogne. Les mecs balancent des mandales, tirent les cheveux, forcent les filles à garder leurs bites le plus longtemps possible au fond de la gorge, exercice dont elles sortent à moitié asphyxiées, les étranglent, bref, c’est plus de l’amour, c’est de l’arrache !

      Perplexe, j’ai foncé sur ma bible, («Le Cinéma X», aux Editions de la Musardine), où j’ai découvert qu’en fait, nous les hommes, sans doute rendus moins sûrs de nous par la montée du féminisme et la place grandissante qu’occupent désormais les femmes dans la société, on avait besoin de les voir un peu souffrir pour arriver à bander ! D’où l’omniprésence de la sodomie (c’est encore mieux si la fille grimace un peu de douleur au moment de la pénétration), et d’où les coups.

      J’en ai parlé à ma femme, elle a été très claire : «si tu me fais mal, je te tue». Bon ben, on a refait du Brigitte Lahaie. C’est bien aussi.

- page 1 de 2