A ma gauche (quand je suis sur le dos), ma femme, qui lit. Nos jambes sont déjà méli-mêlées car nous dormons tressés l’un contre l’autre. A droite, ma table de chevet.
Qu’est la table de chevet ? La table de chevet est au dormeur occidental ce que le majordome est aux vestiges du jour. Une présence discrète mais irremplaçable, un secours, le témoin des heures grises, une mémoire.
Qu’est encore la table de chevet ? La preuve de l’existence de pieux.
Chaque homme est unique, la preuve en est sa table de chevet. J’observe la mienne, que dit-elle de moi et de mon unicité ?
C’est un modèle Leksvik de chez Ikéa, avec tablette supérieure mobile et porte en façade dissimulant deux étagères de 40 sur 60. De haut en bas, qu’y voit-on ?
Sur le petit rebord surplombant la tablette supérieure mobile, une lampe (également de chevet car j’ai le sens des assortiments de bon goût), modèle Tenn (Ikéa) à ampoule à basse consommation. Un stylo Pilot et un crayon de papier équipé à son bout d’une petite gomme inutilisable.
Sous la tablette (laquelle, lorsqu’on la soulève, provoque le glissement, entre mur et meuble, de tout ce qui s’y trouve. C’est un défaut majeur que je devrais signaler au service consommateurs de la marque susmentionnée (deux fois déjà, ça va). Ou alors, l’ais-je mal montée ?), au milieu de quelques moutons (on ne pense jamais à aspirer là dedans), se trouve l’alliance de mon précédent mariage, que je n’ose pas jeter ni déposer dans le coffre à bijoux de mon actuelle femme (où les personnes divorcées rangent-elles leurs anciennes alliances ? Il y aurait une étude à faire là-dessus).
Posés sur la tablette, 3 livres, deux marque-pages, un bloc notes format 15 x 19 petits carreaux et, tant que je ne dors pas, mon téléphone portable (qui sert de réveil et que je pose au sol lorsque j’éteins afin de pouvoir appuyer dessus plus facilement quand il sonne, généralement entre 7 heures et 8 heures du matin, selon les jours).
Il est intéressant de noter au passage qu’au moment même où le portable perd sa place sur la tablette, il y est immédiatement remplacé par mes lunettes.
Les deux marque -pages : l’un est consacré à la promotion de la 13ème Fête du Livre d’Autun (Saône et Loire), du 24 au 25 avril 2010, à laquelle je ne suis pas allé. La manifestation s’intitule « Lire en Pays autunois » et l’illustration représente curieusement un diable façon sculpture de cathédrale (il y en a une à Autun) tendant un livre (rouge) à une femme nue, au sexe dissimulé derrière une imposante feuille (de chêne ?), laquelle femme lit déjà un autre livre, avec un sourire de plaisir non dissimulé celui là, tout en se saisissant mine de rien du livre rouge. L’autre marque-page est la carte de visite professionnelle d’Anne-Gaëlle Fontaine, attachée de presse chez Gallimard. Je ne connais pas cette Anne-Gaëlle mais je trouve chic d’être en possession de sa carte de visite sur ma table de chevet.
Les trois livres : en cours de lecture, « Paris insolite », de Jean-Paul Clébert aux Editions Attila. En attente, sous le premier, « Moisson rouge » de Dashiell Hammet, collection Série Noire. A côté des deux premiers, « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire, aux Editions Présence africaine. Ces trois là forment un ensemble symptomatique : un pour tout de suite, un pour après, un pour tout le temps.
Derrière la porte de façade, deux étagères, vides. Est-ce bien qu’elles le soient ? Devraient-elles supporter quelque chose ? Et si oui, quoi ? Mystère.